Une maison des années 1980, une chaudière fioul qui fatigue et une cuve qu’il faut remplir chaque automne. Le devis d’une pompe à chaleur air/eau tourne autour de 13 000 à 15 000 euros pose comprise, soit environ le double d’une chaudière gaz. Pour un ménage modeste, c’est souvent là que le projet s’arrête.
C’est précisément ce blocage que vise le « leasing pompe à chaleur » ouvert le 1er octobre 2026. Le principe tient en une promesse. Vous faites installer une pompe à chaleur sans avance de frais et la mensualité totale (remboursement, électricité, entretien) ne doit pas dépasser ce que vous payez aujourd’hui pour vous chauffer. Sur le papier c’est très séduisant. Dans les faits, les conditions sont serrées et quelques points méritent d’être vérifiés avant de signer.
Le leasing pompe à chaleur, c’est quoi exactement ?
Le nom officiel est moins vendeur. Le gouvernement parle d’« offre intégrée pour les pompes à chaleur », souvent abrégée en offre intégrée PAC. Le terme leasing vient de la comparaison avec le leasing social des voitures électriques. Il est pourtant trompeur.
Avec une location longue durée de voiture, vous rendez le véhicule à la fin du contrat. Ici, vous êtes propriétaire de la pompe à chaleur dès son installation. Il n’y a ni loyer ni option d’achat. Ce que vous remboursez chaque mois, c’est le reste à charge de l’installation une fois les aides déduites, étalé grâce à un crédit. On est donc plus proche d’un achat financé tout compris que d’une location.
Le dispositif fait partie du plan d’électrification du gouvernement. L’objectif annoncé est d’installer 55 000 pompes à chaleur air/eau par ce biais d’ici 2030, dans un marché qui a nettement ralenti. Les ventes de pompes à chaleur sont passées d’environ 350 000 unités en 2022 à 185 000 en 2025.
Ce que contient l’offre
Toutes les offres doivent respecter le même socle. On y trouve une pompe à chaleur air/eau fabriquée en France ou en Europe et dimensionnée pour votre logement, après une étude préalable qui vérifie que la maison s’y prête. S’y ajoutent une fourniture d’électricité à prix fixe pendant 3 ans et un contrat de maintenance d’au moins 3 ans, pannes comprises.
Le reste relève de l’accompagnement. L’opérateur s’occupe des demandes d’aides, propose le financement du reste à charge et installe une solution de pilotage. Ce boîtier fait tourner la pompe à chaleur aux heures où l’électricité est la plus disponible et la moins chère. Chaque opérateur doit aussi proposer au moins un modèle réversible, capable de rafraîchir la maison l’été, quand le logement le permet.
Un point rassure souvent les ménages qui hésitent. Vous n’êtes pas obligé de prendre l’électricité proposée par l’opérateur et vous pouvez changer de fournisseur à tout moment, sans que cela touche au financement ou à l’entretien de la pompe.
La règle de la mensualité, expliquée avec des chiffres
Tout le dispositif repose sur une condition. Après travaux, la mensualité globale (remboursement du reste à charge, électricité et maintenance) doit être inférieure ou égale à votre dépense énergétique mensuelle actuelle. Dans la plupart des cas, le reste à charge est remboursé en 3 ans. La durée ne peut pas dépasser 5 ans.
Pour voir comment ça tient, prenons un exemple simplifié. Une installation facturée 14 000 euros, une aide de 9 800 euros (c’est le montant moyen annoncé par le gouvernement) et il reste 4 200 euros à financer. Sur 36 mois, cela représente un peu moins de 117 euros par mois avant intérêts éventuels. Il faut ensuite y ajouter la facture d’électricité de la pompe et l’entretien.
Comme une pompe à chaleur air/eau a un rendement près de trois fois supérieur à celui d’une chaudière fossile, la facture de chauffage peut être divisée par deux environ. C’est cette économie qui permet de rembourser l’installation sans dépenser plus qu’avant. On comprend aussi pourquoi le coût d’installation pèse autant. À aide égale, chaque millier d’euros de devis en plus rallonge la durée de remboursement ou fait grimper la mensualité. L’opérateur doit pourtant rester sous votre facture actuelle. Cet exemple reste indicatif. Votre dossier sera calculé au cas par cas à partir de vos factures réelles.
Qui peut bénéficier du leasing pompe à chaleur ?
Les conditions sont strictes. Il faut être propriétaire d’une maison individuelle, se chauffer aujourd’hui au gaz ou au fioul avec une chaudière que la pompe à chaleur va remplacer et avoir des revenus modestes ou très modestes au sens de l’Anah. Les revenus retenus sont ceux de l’avis d’imposition de l’année N-2. Celui de l’année N-1 peut être utilisé à titre dérogatoire s’il est disponible.
Voici les plafonds de revenu fiscal de référence applicables depuis le 1er janvier 2026. Pour être éligible, votre revenu doit rester sous le plafond « modestes » correspondant à votre foyer.
| Personnes dans le foyer | Très modestes (hors Île-de-France) | Modestes (hors Île-de-France) | Très modestes (Île-de-France) | Modestes (Île-de-France) |
| 1 | 17 363 € | 22 259 € | 24 031 € | 29 253 € |
| 2 | 25 393 € | 32 553 € | 35 270 € | 42 933 € |
| 3 | 30 540 € | 39 148 € | 42 357 € | 51 564 € |
| 4 | 35 676 € | 45 735 € | 49 455 € | 60 208 € |
| 5 | 40 835 € | 52 348 € | 56 580 € | 68 877 € |
| Par personne en plus | 5 151 € | 6 598 € | 7 116 € | 8 663 € |
Concrètement, un couple avec un enfant qui vit en Bretagne ou en Occitanie reste éligible jusqu’à 39 148 euros de revenu fiscal de référence. Les locataires, les copropriétés et les maisons chauffées par des radiateurs électriques sont en revanche exclus.
D’où vient l’aide et avec quoi se cumule-t-elle ?
L’argent ne vient pas du budget de MaPrimeRénov’. Le dispositif est financé par les certificats d’économies d’énergie (CEE), que les fournisseurs d’énergie sont tenus de financer. Le gouvernement annonce une aide moyenne de 9 800 euros par ménage. Un projet d’arrêté, soumis à consultation publique jusqu’au 20 octobre 2026, prévoit une bonification spécifique d’environ 13 000 euros pour une pompe à chaleur qui assure seulement le chauffage et d’environ 15 000 euros si elle produit aussi l’eau chaude. Ces montants peuvent encore évoluer avant publication.
Le revers est simple. L’offre intégrée ne se cumule pas avec MaPrimeRénov’ pour les mêmes travaux et elle n’est plus accessible si vous avez déjà déposé une demande d’aide auprès de l’Anah pour cette pompe à chaleur. Le projet d’arrêté exclut aussi le cumul avec le Coup de pouce chauffage. Il faut donc choisir une voie et s’y tenir.
Le contexte budgétaire compte aussi. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit que les pompes à chaleur soient financées uniquement par les CEE. Si cette orientation se confirme, le forfait MaPrimeRénov’ pour une pompe à chaleur air/eau pourrait disparaître, ce qui donnerait encore plus de poids aux offres intégrées.
Qui propose l’offre et comment la demander ?
Six consortiums ont été retenus par l’ADEME après appel à projets. Ils réunissent selon les cas des installateurs, des fabricants, des fournisseurs d’énergie et des organismes de financement. Parmi eux figurent CapConfort, IZI by EDF, Le PAC’TE français, Octopus Energy associé à Effy, Réflex et Sonepar. La liste complète et le test d’éligibilité se trouvent sur la plateforme gouvernementale Électrifions la France. De nouveaux lauréats pourront être sélectionnés lors des prochaines sessions de l’appel à projets, qui court jusqu’en mai 2027.
Les offres respectent un socle commun mais elles ne sont pas identiques. Les modèles de pompe à chaleur, le prix de l’installation, les conditions du crédit et le niveau d’électricité proposé changent d’un opérateur à l’autre. Demander deux ou trois propositions prend un peu de temps. C’est pourtant le meilleur moyen de savoir si la mensualité calculée pour vous est réaliste.
Les points à vérifier avant de signer
L’étude préalable mérite toute votre attention. Une pompe à chaleur air/eau fonctionne mieux avec des radiateurs basse température ou un plancher chauffant. Dans une maison mal isolée équipée de vieux radiateurs en fonte, elle doit chauffer l’eau plus fort et son rendement baisse. Demandez noir sur blanc la température d’eau retenue, la puissance de la machine et la consommation prévue. C’est sur cette estimation que repose la promesse de mensualité.
Regardez aussi ce qui se passe après 3 ans. Le prix de l’électricité n’est fixé que pendant cette période. Ensuite, vous repassez au tarif du marché. Même chose pour la maintenance. Renseignez-vous sur le coût d’un contrat d’entretien à partir de la quatrième année.
Pensez enfin à l’unité extérieure. Elle fait du bruit, prend de la place et doit être placée en tenant compte des voisins. Et méfiez-vous des démarchages au nom du « leasing de l’État ». Le démarchage téléphonique pour des travaux de rénovation énergétique est interdit. Seuls les consortiums retenus peuvent proposer l’offre intégrée, ce que la plateforme officielle permet de vérifier en deux minutes.
Le leasing pompe à chaleur vaut-il le coup ?
Pour un ménage modeste propriétaire d’une maison chauffée au fioul, la réponse est plutôt oui. Le fioul reste l’une des énergies de chauffage les plus chères et les plus sensibles aux tensions sur les prix. Passer à une pompe à chaleur sans sortir d’argent, avec une mensualité plafonnée et un prix d’électricité figé pendant 3 ans, enlève une bonne partie du risque qui faisait reculer ces foyers.
Le dispositif reste toutefois étroit. 55 000 installations d’ici 2030, c’est peu à l’échelle des millions de maisons encore chauffées au gaz ou au fioul. Les ménages aux revenus intermédiaires restent aussi sur le bord du chemin. Pour eux, le parcours classique avec les CEE et un éco-prêt à taux zéro reste la voie principale, au moins tant que le budget 2027 n’a pas tranché.